En 1960, Benjamin Britten est un compositeur à la réputation solidement assise, et représente une voie très personnelle, dans une Europe musicale alors dominée par le sérialisme intégral. Le musicien demeure en effet farouchement indépendant ; il n’en est pas moins à l’écoute de son temps et affiche pour certains de ses contemporains une vive admiration. Dmitri Chostakovitch fait partie de ces amitiés et c’est donc avec le plus grand naturel que les deux hommes partagent un repas, lors de la création occidentale du premier concerto pour violoncelle du compositeur russe. A cette occasion, Chostakovitch présente à Britten l’interprète, vedette de la soirée : Mstislav Rostropovitch.
Le coup de foudre artistique est immédiat. Le compositeur anglais – qui s’était détourné de la musique purement instrumentale depuis le milieu des années 40 – se sent formidablement inspiré. Pour Rostropovitch, il imaginera une série de six suites solistiques, offrant ainsi un miroir – ou, mieux, un contrepoint – aux célèbres suites de Jean-Sébastien Bach. Débuté en 1964, le projet ne pourra être achevé, la maladie empêchant Britten de mener à bien son vaste chantier. Trois suites seront néanmoins abouties entre 65 et 74. Chacune se présente comme un tout cohérent, rêverie moderne autour de la figure du Cantor. L’écriture imitative, voire fuguée, traverse ces partitions, que ponctuent également des danses baroques (chaconne, passacaille).
Le style, toutefois, demeure bien celui de Britten – lequel regarde à distance – du bout de sa vie – l’illustre fantôme.
 /  Œuvres de B. Britten
 /  Suites pour violoncelles n°1, Op. 72
 /  Suites pour violoncelles n°2, Op. 80
 /  Suites pour violoncelles n°3, Op. 87